[Éducation] Au Cameroun, des parents redoutent une rentrée risquée le 1er juin

Fixée au 1er juin 2020, la reprise des enseignements du primaire au supérieur est loin de rassurer certaines familles qui s’inquiètent de la persistance de la crise liée au coronavirus. L’annonce de la reprise des classes par le Premier ministre le 1er juin 2020 crée de l’émoi au sein de nombreuses familles. Les parents craignent une rentrée scolaire risquée, en ces temps de crise sanitaire liée à la propagation du nouveau coronavirus. « Bien que l’on présente les enfants comme des êtres asymptomatiques dans leur majorité, il n’en est pas de même pour les lycéens et autres étudiants qui eux peuvent transmettre la maladie facilement. Du coup, les salles de classe et les amphis peuvent s’avérer être des lieux de contamination évidents», indique un médecin en service au CHU de Yaoundé, ayant requis l’anonymat. Pour cet épidémiologiste, il serait judicieux de ne pas programmer de reprise des cours, tant qu’un vaccin contre le Covid-19 n’a pas été trouvé. « Le coronavirus se transmet facilement, dit-il. Et quand on sait que les écoles sont des lieux où le bavardage, les contacts humains et même l’insalubrité font le quotidien des élèves et étudiants, reprendre les cours dans ces conditions ne va concourir qu’à faire exploser le nombre de malades dans notre pays». La densité des salles de classe, un obstacle La simple évocation d’un scénario de réouverture des écoles fait en effet peur. Pour de nombreux parents d’élèves, il s’agit d’une « décision risquée » prise dans la « précipitation ». Au quartier Omnisports à Yaoundé, Jean-François ne sait pas trop quoi en penser. Tellement de nombreuses questions restent en suspens. L’emploi de temps sera-t-il réduit ? Les salles de classe seront-elles divisées en plusieurs groupes pour des cours sous forme de rotation ? Y aura-t-il des masques pour chaque élève et étudiant ? Ce père de famille n’a aucune réponse. «Avec des salles de classes de plus de 100 élèves chacune dans nos écoles, et des amphis de plus de 1000 étudiants, il n’est pas possible de garantir la distanciation sociale. Il va être compliqué d’assurer le respect des gestes barrières notamment au primaire et à la maternelle, de contrôler chaque élève à la cantine, sans compter l’absence totale de mesures de sécurité sanitaire. Le risque de transmettre le virus est très important », tranche ce dernier. Autre facteur de crainte : les déplacements des élèves et étudiants. « Va-t-on respecter les règles de distanciation dans les taxis ?», s’interroge-t-il. L’Etat doit rassurer De fait, l’annonce de la réouverture des classes soulève énormément de questions et d’incompréhensions au sein des foyers. « Sur quelle base l’on annonce la reprise des cours, alors que ie bilan du Covid-19 ne fait que s’alourdir dans notre pays ? Quelle est l’équipe d’experts en santé publique qui a été consultée avant une telle décision ? Quels sont les éléments qui permettent de se projeter vers une fin de crise sanitaire dans les prochaines semaines ? », s’interroge Anye Annabelle, mère et professeur de Lycée. «Je pense dit-elle, que ie gouvernement devrait nous donner plus d’explications afin de rassurerai. le monde ». Selon elle, il est bon que le Premier ministre, qui jusqu’à présent a fait « un sans faute », fasse preuve de pédagogie, se montre rassurant et continue de s’appuyer sur des données scientifiques. « Ma fille restera à la maison » Même si Joseph Dion Ngute assure que la réouverture des classes et des amphis « est susceptible de réajustement, en fonction de l’évolution de la pandémie», dans certains quartiers de la ville de Yaoundé, difficile de trouver un parent qui soit rassuré et motivé à l’idée de voir ses enfants reprendre le chemin de l’école. « J’ai l’impression qu’on veut envoyer nos enfants en première ligne, lâche Amandine. Si on ne peut pas contrôler les mouvements de tous ces voyageurs qui ont importé le coronavirus dans notre pays, comment peut-on nous garantir que les établissements scolaires ne seront pas des foyers de transmission de la maladie ? ». La jeune dame, mère d’une petite fille inscrite en classe de CMI aimerait avoir la certitude que son enfant comme tous les autres sera correctement protégée. Mais elle ne l’a pas. Conséquence : elle n’est pas prête de laisser sa progéniture retourner à l’école. « Tant qu’il n’y a pas de vaccin contre le Covid-19 dit-elle, ma fille restera à la maison. Je lui donne de petits cours de grammaire, de conjugaison et de mathématiques. Je préfère avoir un enfant en santé à la maison, qu’un enfant malade, placé en quarantaine loin de sa famille, dans un hôpital». Les établissements scolaires au Cameroun sont fermés depuis le 18 mars dernier. Une décision émanant des 13 mesures prises par le gouvernement pour contrer la propagation du nouveau coronavirus. Si la stratégie consiste principalement à confiner les enfants et les jeunes à la maison, les pouvoirs publics ont depuis quelques jours opté pour le télé-enseignement. Une belle initiative des autorités qui permet aux élèves de continuer à se former étant à domicile.

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